Témoignages

Le modèle de classe inversée est aujourd’hui utilisé par des dizaines de milliers de professeurs, et certaines écoles s’y sont même entièrement converties. Grâce à l’ampleur prise par le mouvement durant ces dernières années, nous avons désormais le recul nécessaire pour apprécier les résultats et les challenges de ce modèle. De nombreuses discussions ont lieu chaque jour et les retours d’expériences sont riches en surprises, en conseils et en anecdotes.

Vous verrez que ces témoignages concernent le plus souvent les mathématiques, c’est notamment dû au fait que les outils en ligne sont souvent plus aboutis pour cette matière (voir par exemple ceux de Khan Academy), mais les résultats sont similaires dans les autres disciplines. Voici quelques exemples de retours pour différents niveau de scolarité.

- Dans les collèges
- Dans les lycées
- Dans les universités

Dans les collèges

- Une moyenne de classe doublée en 6 mois au collège Egan Junior High à Los Altos

Courtney Cadwell utilise les cours de Khan Academy pour l’une de ses classes de mathématiques. Ces cours gratuits sont accompagnés d’un tableau de bord complet qui affiche pour chaque élève des statistiques très pratiques : vidéos visionnées, exercices complétés ou sur lesquels l’élève semble bloqué, temps passé sur chaque exercice et chaque vidéo, courbes de progression, etc. Cet outil permet de savoir en temps réel si un élève bute sur un concept et de pouvoir l’aider aussitôt.

Courtney Cadwell s’est tellement habituée à utiliser ce tableau de bord qu’elle se sent déstabilisée dans les autres classes où elle n’utilise pas encore ce système. Elle rapporte : “dans celles-ci, on arrive à l’examen et je suis dans le brouillard lorsqu’ils ne comprennent pas certaines choses”.

Maintenant qu’elle peut aider ses élèves dès qu’ils en ont besoin, elle obtient des résultats fantastiques : la moyenne de la classe a doublé en 6 mois. Une élève a pratiquement quadruplé sa moyenne. “Je détestais les maths, dit-elle, mais maintenant je trouve ça sympa”. (source)

- Les (bonnes) surprises de l’enseignement personnalisé au collège Asa Clark de Pewaukee

Tiffany Grandlich, elle aussi professeur de mathématiques, tiens des conférences régulières avec ses élèves, de longueur et de fréquence variable en fonction de leurs besoins, afin d’établir des objectifs : “Le plus important est de personnaliser pour chaque élève, explique-t-elle, certains disent “je m’en sors bien, je ferai le point avec vous dans trois semaines”, alors que d’autres ont besoin de moi tous les jours.”

Grandlich dit être surprise de voir à quel point ses élèves avancent : alors qu’ils devraient normalement aborder les bases de l’algèbre en fin de collège, certains atteignent un niveau avancé de lycée. (source)

Un changement de mentalités au collège Waukesha STEM Academy du Wisconsin

Kim Crosby passait auparavant 80% de son temps à enseigner les concepts de mathématiques et 20% à aider les élèves individuellement. Cette année, c’est l’inverse, 80% de son temps est utilisé pour passer d’élève en élève, et 20% servent à éclaircir des détails de cours. Ce qu’elle en pense : “Selon moi, c’est plus logique”.

Le principal de l’école, Ryan Krohn, explique que cette évolution provient d’un désir de redonner de la responsabilité aux élèves, qui peuvent dorénavant choisir quand ils mangent et quand ils travaillent durant l’heure de repas : “Si nous voulons que les jeunes agissent en adultes, qu’ils soient plus responsables, qu’ils aient leurs propres idées et qu’ils gèrent leur temps, pourquoi continue-t-on à leur dire exactement quoi faire et à chercher à ce qu’ils le fassent tous de la même façon et au même moment ?”

D’après lui, les élèves ne sont d’ailleurs pas les seuls concernés par ce changement de mentalité : “De passer d’une situation où les professeurs pensent qu’il faut contrôler les entrées et sorties des élèves à la cantine à une situation où les élèves se gèrent tout seuls et sont fiers d’apprendre, c’est un gros pas en avant.” (source)

Dans les lycées

-  Une formule qui fait l’unanimité au lycée Bullis School (Maryland)

Après un an d’expérimentation avec la classe inversée, Stacey Roshan affirme que ses élèves apprennent mieux et qu’ils préfèrent cette méthode à l’enseignement classique.

Pour chaque cours, elle se pose les questions suivantes : “Comment puis-je rendre cette leçon vivante ? Comment puis-je aider mes élèves à réussir tout en s’amusant ?”

Une approche qui a porté ses fruits : “Les notes ont grimpé, le stress est descendu, et je suis une enseignante plus heureuse.”

L’expérience a aussi apporté son lot de surprises : “Je m’attendais à devoir faire encore un peu de cours en classe, mais ça n’a pas été le cas. […] J’ai réalisé que mes élèves se donnaient mutuellement des leçons. Ils sont devenus des étudiants indépendants. […] Je peux aller de l’un à l’autre et les aider directement, ce que je n’aurais jamais pu faire dans un contexte de classe traditionnelle. Les élèves apprécient vraiment ces sessions en tête-à-tête, et ils se sentent rassurés.”

Stacey Roshan aidant un élève

Stacey Roshan

Cette volonté de rassurer est l’un des objectif principaux de Stacey Roshan, et elle concerne aussi le travail à la maison : “Je pense que les élèves ont en réalité la même quantité de travail à la maison avec cette méthode, si ce n’est moins. De plus, regarder des vidéos est en principe moins stressant que de se casser la tête tout seul sur des problèmes difficiles, donc les parents ne se sont pas plaints du tout.”

Et justement, du coté des parents, les retours sont là aussi positifs : “Les parents m’ont dit que c’est comme s’ils avaient un tuteur personnel le soir pour leur enfant. Ils ont aussi l’impression que ça responsabilise les élèves et que c’est une excellente préparation pour l’université. En plus de ça, ils savent que si leur enfant manque un jour de classe, ils ne manqueront pas le cours, ce qui est réconfortant.”

En conclusion : “ce modèle a été une expérience fantastique pour ma classe et je ne reviendrai jamais à un format traditionnel. […] Passer à des cours en vidéo impose beaucoup de responsabilité de la part des élèves, donc cette solution ne convient peut-être pas à toutes les classes. Mais c’est bien là la clé de l’enseignement : trouver comment atteindre le plus efficacement possible votre groupe d’élèves en particulier.” (sources : 1, 2)

- Forte réduction du taux d’échecs et meilleure discipline au lycée Clintondale de Clinton Township

Après avoir testé le modèle inversé pendant deux ans sur quelques-unes de ses classes, ce lycée l’a adopté pour chacune d’entre elles. Les importants écarts de performances entre les élèves les plus défavorisés et les plus riches qui subsistaient jusqu’alors ont été fortement réduits suite à ce changement.

Voici quelques chiffres concernant les étudiants de première année :

- le taux d’échec en classe d’anglais est passé de 50% à 19%
– le taux d’échec en mathématiques est passé de 44% à 13%
– les cas disciplinaires sur un semestre sont passés de 736 à 249 (sources : 12)

- Une aubaine pour les étudiants défavorisés du lycée Oakland Unity (East Oakland)

Dans cet établissement où 85% des étudiants reçoivent des aides sociales, un examen d’entrée a montré que la plupart des nouveaux arrivants devaient revoir les bases de l’algèbre. Les causes : mauvaises habitudes d’apprentissage, manque d’intérêt et découragement.

Après avoir expérimenté avec les vidéos de Khan Academy, les résultats se sont montrés très impressionnants : sur le test le plus difficile (les systèmes d’équations), les notes ont doublé en passant de 7,5/20 à 15/20, et la proportion d’élèves ayant eu une note supérieure à 16/20 est passée de 4% à plus de 40% ! (source)

Dans les universités

- Une expérience très encourageante dans l’enseignement supérieur

Une étude publiée dans le journal américain Science par le docteur Louis Deslaurier a montré un écart de résultats très important entre deux groupes d’élèves d’université ayant passé un examen de physique après avoir étudié avec des méthodes différentes.

Les 850 élèves ont tout d’abord suivi le même enseignement sur 11 semaines, délivré de manière traditionnelle par des professeurs réputés. La différence s’est faite lors de la 12ème semaine, où un groupe d’élèves a continué les cours “classiques” alors que le second groupe s’est consacré à de la résolution de problèmes, à des discussions et des travaux de groupe. Les élèves de ce second groupe avaient pour simple consigne de lire certains documents avant de venir en cours.

Résultats : les élèves du groupe ayant passé la dernière semaine à suivre un enseignement inversé ont eu une note moyenne de 14,8/20, contre 8,2/20 seulement pour le groupe ayant suivi l’enseignement traditionnel.

Ces résultats sont d’autant plus prometteurs que la méthode suivie par le second groupe était nouvelle pour eux et pour leur professeur, et qu’elle pouvait donc probablement être encore améliorée. Autre point intéressant : les élèves ont apprécié cette méthode et le taux de présence du second groupe à grimpé de 20% durant la dernière semaine. Les trois quarts de ses membres ont dit qu’ils auraient appris d’avantage si l’intégralité du cours s’était déroulé selon cette méthode. (source)

Classe inversée de biologie à l'université, en open space

Une classe entière plongée dans son travail

- Une ambiance plus détendue dans la classe de Susan Murphy à l’université d’Algonquin.

Cette enseignante en médias sociaux raconte : “Mes étudiants sont plus confiants et surtout ils s’amusent en apprenant des nouvelles choses. L’assiduité en classe est plus haute que jamais, d’ailleurs certains d’entre eux sont même déjà en train de travailler quand j’arrive !”. Elle reporte une ambiance de classe bien plus détendue, et beaucoup moins de stress chez les élèves ayant des difficultés avec le contenu. (source)

- Plus de liberté et de réussite à l’Université de Penn State

Kenneth Pasch laisse ses 1300 étudiants choisir la façon dont ils veulent s’organiser avec le cours. Cela peut aller d’un enseignement totalement en ligne à des combinaisons de cours en ligne et en présentiel. Depuis qu’il est passé à ce modèle, la moyenne de la classe est passée d’environ 13/20 à plus de 16/20. (source)

(sources photos : 1, 2)